Pourquoi l'USAES critique-t-elle les nouvelles règles du CAMES ?

L'Union syndicale africaine de l'enseignement supérieur (USAES) a exprimé ses vives critiques à l'égard des nouvelles orientations du Conseil africain et malgache pour l'enseignement supérieur (CAMES). Le cœur du problème réside dans ce que le syndicat qualifie de durcissement récurrent et inexpliqué des conditions de graduation et d'évaluation des enseignants-chercheurs. Selon l'organisation, ces changements de cap pourraient engendrer une « pénurie artificielle » d'enseignants qualifiés sur le continent.

Ces inquiétudes ont été officiellement portées à la connaissance de l'institution lors d'une séance de travail tenue le 23 septembre 2026 à Ouagadougou, au Burkina Faso. Cette rencontre a réuni une délégation syndicale, conduite par sa présidente Jeannette Wogaing, et le secrétaire général du CAMES, le professeur Souleymane Konaté. L'USAES déplore non seulement la sévérité accrue des critères, mais aussi un manque de transparence flagrant dans l'élaboration des grilles d'évaluation, ainsi qu'une absence d'implication des représentants des enseignants dans certains États membres lors du processus décisionnel.

Impact des nouvelles exigences de publication dès 2027

L'une des mesures les plus redoutées par les syndicats concerne l'exigence de publications dans des revues indexées. Cette disposition, qui devrait entrer en vigueur dès 2027, cible spécifiquement les comités techniques spécialisés (CTS) des disciplines suivantes : les lettres et sciences humaines, les sciences juridiques et politiques, ainsi que les sciences économiques et de gestion.

Pour l'USAES, les conséquences de cette mesure pourraient être dévastatrices pour le corps professoral. Le syndicat émet l'alerte selon laquelle cette nouvelle exigence pourrait conduire à l'invalidation de la quasi-totalité des candidats de ces disciplines lors des évaluations prévues en 2027. Ce risque de blocage massif des carrières universitaires est au centre des préoccupations de l'organisation, qui voit dans ce changement un obstacle majeur à la progression académique des chercheurs africains.

L'épreuve orale et la lutte contre l'intelligence artificielle

Un autre point de crispation majeur concerne l'instauration d'une nouvelle épreuve pour les candidats souhaitant s'inscrire sur les listes d'aptitude aux fonctions de rang magistral. Le CAMES prévoit désormais une épreuve de présentation orale des titres et travaux scientifiques.

Selon le communiqué de l'USAES, le CAMES justifie cette mesure par la nécessité impérieuse de limiter l'influence de l'intelligence artificielle sur les productions écrites des chercheurs. Si la volonté de garantir l'authenticité des travaux est comprise, l'instauration de ce nouveau mode d'évaluation ajoute une couche de complexité et de pression supplémentaire pour les enseignants-chercheurs en quête de promotion.

Réformes structurelles : Académie virtuelle et écoles doctorales

Au-delà des critères de publication, l'USAES s'interroge sur plusieurs projets structurels portés par l'institution. Le projet de création d'une académie virtuelle du CAMES, dédiée à la formation, suscite des réserves importantes. Le syndicat craint que cette initiative ne détourne l'institution de sa mission fondamentale, qui est l'évaluation des enseignants-chercheurs déléguée par les États membres.

Par ailleurs, l'harmonisation du fonctionnement des écoles doctorales, via la mise en place d'un collège des écoles doctorales, est également perçue avec méfiance. L'USAES y voit un risque potentiel d'empiètement sur l'autonomie pédagogique et scientifique des universités et des établissements d'enseignement supérieur. Ces réformes institutionnelles semblent ainsi fragiliser l'équilibre entre la régulation centrale du CAMES et la liberté académique des établissements membres.

Vers un mémorandum et un dialogue maintenu

Malgré la virulence des critiques, la rencontre de Ouagadougou s'est déroulée dans une atmosphère que le communiqué qualifie de cordiale. Les deux parties ont convenu de pérenniser ce cadre d'échanges afin de permettre une remontée régulière des préoccupations des enseignants-chercheurs vers la direction du CAMES.

Toutefois, l'USAES ne compte pas en rester là. L'organisation a annoncé la transmission prochaine d'un mémorandum détaillé au CAMES ainsi qu'aux États membres. Ce document stratégique portera sur des points cruciaux tels que la gestion des carrières, les qualifications et les mécanismes de promotion académique. Tout en réaffirmant sa disponibilité à coopérer, l'USAES entend maintenir la pression auprès des gouvernements concernés. L'objectif est d'obtenir la mise en place de guides d'évaluation qui soient « réalistes et réalisables », en opposition au durcissement actuel jugé injustifié.

FAQ : Réformes du CAMES et impact sur l'enseignement supérieur

Qu'est-ce que le CAMES ?

Le CAMES est le Conseil africain et malgache pour l'enseignement supérieur. Il est chargé de l'évaluation des enseignants-chercheurs et de la promotion de l'excellence académique dans ses États membres.

Pourquoi l'USAES critique-t-elle le CAMES ?

L'USAES dénonce un durcissement des conditions de promotion, un manque de transparence dans les grilles d'évaluation et une absence d'implication des enseignants dans les processus de réforme.

Quels sont les nouveaux critères de publication ?

Dès 2027, les candidats dans les domaines des lettres, sciences humaines, droit, sciences politiques, économie et gestion devront impérativement publier dans des revues indexées.

Quelle est la mesure concernant l'intelligence artificielle ?

Pour contrer l'influence de l'IA sur les travaux écrits, le CAMES instaure une épreuve de présentation orale des titres et travaux pour les candidats au rang magistral.

Que prévoit l'USAES pour la suite ?

L'organisation va transmettre un mémorandum détaillé aux autorités et réclame des guides d'évaluation plus réalistes et transparents.

Points clés à retenir

  • L'USAES dénonce un durcissement des critères de promotion et un manque de transparence du CAMES.
  • L'exigence de publications dans des revues indexées dès 2027 menace de disqualifier de nombreux candidats en lettres, droit et sciences économiques.
  • Une épreuve orale est introduite pour limiter l'usage de l'intelligence artificielle dans les travaux scientifiques.
  • L'USAES alerte sur les risques d'empiètement sur l'autonomie des universités via la création d'un collège des écoles doctorales.
  • Un mémorandum sera transmis pour exiger des mécanismes de promotion plus réalistes.