Qui est Paul Mackenzie et quel est son rôle dans cette affaire ?
Paul Mackenzie est le leader d'une secte apocalyptique au Kenya, dont l'influence s'est étendue sur de nombreuses années. Il a fondé le ministère Good News International en 2003. Au fil des seize années suivantes, l'église a gagné en popularité, attirant des milliers de fidèles à travers diverses branches réparties dans tout le Kenya. Pour diffuser son message, l'organisation gérait même sa propre station de télévision, Times TV, qui diffusait ses sermons depuis Malindi.
La doctrine de Mackenzie était marquée par des théories du complot et des interdits stricts. Il prêchait que l'éducation était « maléfique » et que les soins de santé modernes étaient « contre la doctrine ». Ses sermons de la fin des temps incluaient également des attaques contre les cartes d'identité numériques, qu'il qualifiait de « marque du diable ». Son fils, Dan Paul Mackenzie, qui travaillait comme caméraman pour l'église, a décrit l'atmosphère des services religieux où les adultes et les enfants chantaient des cantiques de louange toute la matinée avant que le pasteur ne commence ses sermons ardents à midi, incluant parfois des séances de « chasse aux démons ».
En 2019, le siège principal de l'église a fermé, et Mackenzie a encouragé ses dévots à le suivre dans la forêt de Shakahola, marquant ainsi le début d'une période de vie isolée et secrète pour ses membres.
Quels sont les crimes pour lesquels Mackenzie a été reconnu coupable ?
Après un procès de huit heures mené par la juge Diana Mochache dans la ville portuaire de Mombasa, Paul Mackenzie a été reconnu coupable du meurtre de 191 personnes. Le détail le plus atroce de ce verdict est que la quasi-totalité de ces victimes étaient des enfants. La juge a précisé que ses fidèles considéraient Mackenzie comme le « porte-parole de Jésus ».
Les meurtres résultaient d'une pratique systématique du jeûne imposé. Mackenzie ordonnait à ses membres de laisser mourir de faim leurs enfants afin qu'ils puissent « rencontrer Jésus ». La doctrine était si rigide que même la résistance physique était réprimée : un co-accusé a témoigné que Mackenzie affirmait que quiconque « résistait à la directive de jeûner devait être forcé d'aller au ciel par des coups de pied et des coups ».
Le culte utilisait un langage détourné pour masquer l'horreur de ses actes. Les enterrements pratiqués à l'intérieur de la forêt où la secte était basée étaient appelés des « mariages ». Selon la juge, ceux qui mouraient étaient célébrés comme ayant « épousé Jésus ». Les témoignages recueillis ont mis en lumière des cas de privations extrêmes, comme celui d'une femme enceinte à qui l'on a interdit d'allaiter son nouveau-né. L'enfant est mort douze jours plus tard, après que la mère a reçu l'instruction de jeûner jusqu'à la mort pour rejoindre ses enfants.
Quelles ont été les réactions des familles des victimes ?
Le verdict a provoqué des réactions profondément émotionnelles parmi les familles brisées par la secte. Stephen Mwiti, 48 ans, est l'un des visages les plus marquants de cette tragédie. Il a perdu ses six enfants à cause de la secte, et sa propre ex-femme a été condamnée pour meurtre aux côtés de Mackenzie. Devant le tribunal, Mwiti, tenant une photographie de sa famille, a exprimé son soulagement face à la condamnation des coupables. « Je suis un homme heureux que toutes ces personnes aient été condamnées », a-t-il déclaré à la BBC, tout en rappelant qu'il n'avait pu retrouver et enterrer que les restes de son fils Samuel.
La douleur des victimes est amplifiée par le caractère systématique de la perte. Pour beaucoup, la secte n'était pas seulement une erreur spirituelle, mais une force qui a arraché la vie à des générations entières au sein d'une même famille, laissant derrière elle des parents qui doivent désormais composer avec le vide laissé par des enfants disparus dans la forêt de Shakahola.
Quelles sont les implications judiciaires pour Mackenzie et ses complices ?
Le verdict de culpabilité pour meurtre n'est qu'une étape dans l'arsenal judiciaire visant Mackenzie. En plus de ces charges extrêmement graves, le pasteur et d'autres leaders de la secte font face à une multitude d'autres affaires judiciaires, incluant des accusations de terrorisme, de radicalisation et de privation d'éducation pour les enfants.
Le procès a également conduit à la condamnation de vingt-huit autres dirigeants de la secte pour meurtre. Bien que tous aient plaidé non coupable, soutenant que personne n'avait été forcé de mourir, la justice a tranché. Un élément clé du dossier a été le témoignage d'Enos Amanya Ngala, l'ancien chef de la sécurité de Mackenzie, qui, après avoir été initialement accusé, a conclu un accord avec le procureur pour témoigner contre le leader.
Le processus judiciaire se poursuit, et Paul Mackenzie doit être condamné lors d'une audience prévue le 6 novembre. Ce verdict marque la première fois que le pasteur est confronté à un verdict sur les accusations les plus sérieuses de meurtre depuis son arrestation en 2023.
Comment la communauté locale a-t-elle été affectée par les activités de la secte ?
La découverte de plus de 400 corps dans des tombes peu profondes dans la forêt de Shakahola a plongé la région côtière du Kenya dans l'horreur. Bien que de nombreux fidèles viennent de tout le pays, la proximité de la secte avec les villes voisines comme Shakahola ou Malindi a rendu la tragédie palpable pour les habitants locaux. Les membres de la secte se rendaient régulièrement dans les villes environnantes pour s'approvisionner ou pour puiser de l'eau à la rivière Galana.
Le travail de récupération des corps a été confié à dix-sept hommes de la région, payés seulement 8 dollars (environ 6 livres) par jour. Leurs témoignages sont glaçants. James, l'un des fossoyeurs, a raconté à la BBC que chaque tombe contenait au moins trois corps, et que certains restes appartenaient à des enfants de quelques semaines seulement. Il a décrit une scène d'une horreur indicible : « Nous avons trouvé une fois 12 corps d'enfants alignés dans une tombe. C'était massif, les corps étaient disposés comme des vêtements, les uns sur les autres. » Certains enfants avaient même les mains et les jambes liées, le corps enveloppé dans des draps.
Salim Karisa, un autre fossoyeur, a expliqué que la secte opérait de manière si planifiée et secrète que personne ne pouvait deviner l'ampleur de ce qui se passait à l'intérieur de la forêt. Il a décrit des scènes de déchéance physique extrême, où des personnes étaient transportées sur des motos mais mouraient dans les bras des habitants tant elles étaient affaiblies par la faim. Malgré cette horreur, certains survivants, comme Peter Shukrani, 23 ans, ont exprimé une vision complexe. Shukrani, qui a été sauvé de la forêt après avoir été alité pendant des semaines à cause de l'interdiction de la médecine, a témoigné que sa propre mère avait jeté ses médicaments par croyance doctrinale. Pourtant, il a déclaré que Mackenzie était pour lui « une bonne personne qui se souciait de moi », illustrant l'emprise psychologique profonde exercée par le leader.
FAQ : Affaire Paul Mackenzie
Qu'est-ce que la secte de Paul Mackenzie prêchait ?
La secte prêchait que l'éducation était « maléfique », que la médecine moderne était « contre la doctrine » et que les cartes d'identité numériques étaient « la marque du diable ». Mackenzie encourageait ses adeptes à pratiquer un jeûne extrême pour « rencontrer Jésus ».
Combien de personnes ont été reconnues coupables dans cette affaire ?
Paul Mackenzie a été reconnu coupable du meurtre de 191 personnes. En plus de lui, 28 autres leaders de la secte ont également été condamnés pour meurtre.
Quand Mackenzie a-t-il été arrêté ?
Paul Mackenzie a été arrêté en 2023, suite à la découverte de plus de 400 corps dans des tombes peu profondes dans la forêt de Shakahola.
Quel est l'impact de cette affaire sur les familles des victimes ?
Les familles sont dévastées, comme en témoigne Stephen Mwiti qui a perdu ses six enfants. Si certains ressentent un soulagement face à la condamnation, la douleur de la perte et l'horreur des découvertes restent omniprésentes.
Quelles sont les prochaines étapes judiciaires pour Mackenzie ?
Mackenzie doit être condamné le 6 novembre. Il fait également face à d'autres poursuites pour terrorisme, radicalisation et privation d'éducation.
Points clés
- Paul Mackenzie a été reconnu coupable du meurtre de 191 personnes, principalement des enfants.
- La secte utilisait le jeûne forcé comme méthode pour « envoyer les fidèles au ciel ».
- 28 autres dirigeants de la secte ont également été condamnés pour meurtre.
- La découverte de plus de 400 corps dans la forêt de Shakahola a déclenché l'enquête.
- Le verdict de culpabilité est une première étape avant la condamnation prévue le 6 novembre.
