Pourquoi le média Mada Masr et Lina Attalah ont-ils été condamnés ?

La condamnation repose sur l'accusation de gestion d'un site internet sans licence d'exploitation officielle. Le tribunal du New Cairo a prononcé une amende maximale de 3 millions de livres égyptiennes contre Lina Attalah, rédactrice en chef de Mada Masr, tout en ordonnant la fermeture du site d'information. Cette décision fait suite à une série d'enquêtes criminelles visant le média, dont six au total, pour ses reportages jugés sensibles par les autorités.

Le litige juridique s'inscrit dans le cadre de la loi sur les médias adoptée en 2018, qui impose des licences strictes délivrées par le Conseil suprême de régulation des médias (SMRC). Mada Masr affirme avoir déposé plusieurs demandes de licence auprès de cet organisme, mais celles-ci ont été systématiquement rejetées ou sont restées sans réponse. Pour les défenseurs des droits de l'homme, l'absence de réponse administrative sert de prétexte juridique pour criminaliser l'activité journalistique indépendante.

Le rôle du Conseil suprême de régulation des médias (SMRC)

Le SMRC agit comme le principal organe de contrôle des contenus médiatiques en Égypte. Depuis la réforme législative de 2018, l'obtention d'une licence est devenue une condition sine qua non pour toute présence numérique légale. Cependant, le processus de régulation est critiqué pour son manque de transparence et son utilisation comme outil de censure. En ne répondant pas aux demandes des médias indépendants, le Conseil crée une zone d'insécurité juridique qui facilite les poursuites pénales pour 'exploitation illégale'.

Quelles irrégularités ont été signalées lors du procès ?

Le déroulement de l'audience du mardi 27 octobre 2026 a été marqué par des dérives procédurales majeures selon les témoins présents. Hossam Bahgat, responsable de l'Egyptian Initiative for Personal Rights (EIPR), a rapporté que le juge Mohammed Mubarak a ordonné l'évacuation de la salle, ne laissant que l'accusée, son équipe de défense et les représentants de l'EIPR. Peu après, des agents de sécurité ont fait irruption dans l'enceinte du tribunal.

Les observations de la défense soulignent plusieurs points critiques concernant l'équité du procès :

  • Nomination d'un avocat d'office : Le juge a décidé de nommer un avocat issu du Syndicat des avocats pour représenter Lina Attalah, malgré l'opposition explicite de l'intéressée.
  • Absence de contradiction : L'avocat nommé n'aurait prononcé aucune parole, tandis que le juge dictait lui-même des motions en son nom pour les inscrire au procès-verbal.
  • Refus d'enregistrement : Les objections de Lina Attalah concernant cette nomination n'auraient pas été consignées dans les comptes rendus officiels de la cour.

Ces pratiques ont été qualifiées d'inacceptables par les observateurs, suggérant une mise en scène judiciaire visant à valider une décision déjà prise par l'État.

Quel est l'impact de cette décision sur la liberté de la presse en Égypte ?

Cette condamnation représente un coup d'arrêt majeur pour le journalisme indépendant en Égypte. Amnesty International a qualifié le verdict de « coup de massue » pour la liberté de la presse, soulignant que la fermeture de Mada Masr prive la population d'une source d'information critique essentielle. Le média, fondé en 2013, était l'un des rares à pouvoir rapporter des faits sur des sujets sensibles, tels que les mouvements de protestation dans les prisons.

La situation des journalistes en Égypte est l'une des plus précaires au monde. Selon les données du Committee to Protect Journalists (CPJ), le pays figure parmi les premiers assaillants de la liberté de la presse, avec 25 journalistes actuellement détenus. La condamnation de Lina Attalah envoie un signal clair à l'ensemble de la profession : aucune rédaction, aussi respectée soit-elle, n'est à l'abri d'une fermeture administrative ou d'une incarcération.

Un climat de répression systémique

Depuis le renversement du président Mohammed Morsi en 2013 par l'armée, le régime du président Abdel Fattah al-Sisi a instauré une politique de restriction de la dissidence sans précédent. Cette répression ne cible pas uniquement les membres des Frères Musulmans, mais s'étend aux activistes laïcs, aux universitaires et aux travailleurs des médias. Les charges de « fausses nouvelles » sont fréquemment utilisées pour museler les critiques du gouvernement ou pour signaler des événements sociaux non autorisés.

Comment la défense compte-t-elle réagir ?

L'équipe juridique de Lina Attalah a déjà entamé des démarches pour contester la validité de la sentence. Bien que l'amende ait été payée pour permettre la libération de la journaliste après quelques heures de détention, le combat juridique se poursuit sur le fond. Une audience de renvoi pour un nouveau procès est déjà programmée pour le 11 novembre.

Un élément nouveau est apparu lors de la procédure de libération : Lina Attalah a appris qu'une peine de prison d'un an avait été prononcée contre elle par contumace en 2024, sur la base d'accusations de publication de fausses informations et de gestion d'un site sans licence. La défense s'efforcera de faire annuler cette décision et de contester la légitimité de la condamnation actuelle, en mettant l'accent sur le droit fondamental à la liberté d'expression.

FAQ: Questions fréquentes sur l'affaire Lina Attalah

Pourquoi Mada Masr a-t-il été fermé ?

Le tribunal a ordonné la fermeture de Mada Masr pour le motif qu'il exploitait un site internet sans la licence requise par la loi sur les médias de 2018. Le média soutient que ses demandes de licence sont restées sans réponse de la part des autorités.

Quelle est la peine infligée à Lina Attalah ?

Lina Attalah a été condamnée à une amende de 3 millions de livres égyptiennes. Elle a également été informée d'une peine de prison d'un an prononcée par contumace en 2024 pour des faits similaires liés à la publication de fausses nouvelles.

Qui soutient la journaliste dans cette affaire ?

Plusieurs organisations internationales, dont Amnesty International et le Committee to Protect Journalists (CPJ), soutiennent Lina Attalah. Elles dénoncent une répression politique visant à faire taire les voix critiques et l'utilisation abusive du système judiciaire.

Quelles sont les irrégularités du procès ?

La défense dénonce la nomination forcée d'un avocat d'office qui n'a pas pris la parole, le refus du juge d'enregistrer les objections de l'accusée, et une procédure menée dans un environnement contrôlé par la sécurité.

Que devient Mada Masr après cette décision ?

Bien que le média ait payé l'amende pour libérer sa rédactrice en chef, la décision de fermeture est effective. L'équipe juridique tente de contester ce verdict par des recours légaux pour permettre la reprise des activités du média.

Key takeaways

  • Lina Attalah et Mada Masr ont été condamnés par un tribunal égyptien pour exploitation sans licence.
  • Une amende de 3 millions de livres égyptiennes a été imposée à la rédactrice en chef.
  • Le tribunal a ordonné la fermeture immédiate du média indépendant Mada Masr.
  • Le CPJ rapporte que 25 journalistes sont actuellement emprisonnés en Égypte.
  • Une audience de renvoi pour contester la décision est prévue le 11 novembre.

Conclusion

L'affaire Lina Attalah illustre la fragilité croissante du pluralisme médiatique en Égypte. En utilisant des cadres législatifs récents pour condamner des figures respectées du journalisme, les autorités renforcent un climat d'autocensure par la peur. La fermeture de Mada Masr ne représente pas seulement la fin d'un média, mais une érosion de la capacité de la société civile à accéder à une information indépendante. L'issue des recours juridiques prévus en novembre sera déterminante pour l'avenir de la liberté de la presse dans le pays.