Pourquoi les infrastructures médicales de el-Fasher ont-elles été visées ?
Le système de santé d'el-Fasher a subi une destruction organisée visant à rendre la ville inhabitable pour les populations civiles. Selon le Dr Muhamed Suliman, chirurgien ayant exercé durant le siège, l'objectif de la RSF était de mettre les hôpitaux hors service pour supprimer le pilier central de la vie urbaine. Les attaques n'étaient pas des dommages collatéraux, mais des opérations planifiées pour forcer le départ des habitants.
L'enquête de la BBC détaille une stratégie de démantèlement qui a commencé dès le début de la guerre civile en avril 2023. Initialement, la fermeture de l'hôpital d'enseignement, situé en zone de combat, avait forcé le transfert des services vers l'hôpital Sud. Cependant, ce dernier est devenu la cible principale lors du siège mené par les paramilitaires.
Une stratégie de dépeuplement par la santé
En frappant les centres de soins, les forces paramilitaires ont éliminé la capacité de résilience de la ville. Sans accès aux soins chirurgicaux ou aux services d'urgence, la présence humaine prolongée dans les zones de combat devient impossible. Cette méthode transforme les infrastructures vitales en armes de guerre indirectes, poussant les populations vers l'exode.
Quel est le bilan humain pour le personnel médical ?
Le coût humain pour les travailleurs de la santé à el-Fasher est extrêmement lourd et documenté par les données de l'enquête. Entre avril 2023 et octobre 2025, le bilan fait état de 55 professionnels de santé tués, 120 blessés et 10 personnes ayant été enlevées ou déclarées disparues de force.
Le témoignage du Dr Izzeldin Ahmed Dawaud Asow, ancien directeur général de l'hôpital Sud, illustre la violence directe subie par les médecins. Lors d'un raid le 8 juin 2024, il a été violemment frappé par des combattants de la RSF qui l'ont insulté de termes ethniques dérogatoires, le traitant de « Falangi » pour nier sa citoyenneté soudanaise. Il a dû feindre la mort pour survivre à l'agression.
Comment les attaques se sont-elles déroulées techniquement ?
Les attaques contre les structures médicales ont combiné des bombardements d'artillerie et l'usage de drones de précision. L'enquête révèle que certains établissements, comme l'hôpital Saoudi, ont été frappés jusqu'à 25 fois en une seule journée par un mélange de tirs de mortier et de roquettes dites « intelligentes ».
Le cycle de destruction a suivi une logique de déplacement : chaque fois qu'une structure médicale tentait de se relocaliser pour échapper aux combats, elle devenait la nouvelle cible. C'est le cas de l'hôpital spécialisé pour enfants et du centre de dialyse principal, qui ont tous deux été forcés de fermer après avoir été bombardés sur leurs nouveaux sites de repli.
La résilience désespérée des équipes médicales
Face à l'intensification des frappes, le personnel médical a dû improviser des infrastructures de survie. À l'hôpital Saoudi, dernier refuge fonctionnel avant la prise de la ville en octobre 2025, les médecins ont installé des sacs de sable pour protéger les murs et construit des bunkers souterrains à partir de conteneurs en acier. Malgré ces mesures, les interventions chirurgicales se poursuivaient sous les vibrations constantes des explosions.
Quelles sont les réponses et les démentis des parties en présence ?
La RSF rejette catégoriquement les conclusions de la BBC, qualifiant ces allégations de propagande. Le ministre de la Santé du gouvernement affilié à la RSF, le Dr Alaa Eldin Nugud, soutient que les hôpitaux étaient utilisés comme bases militaires. Il affirme que des lanceurs de missiles étaient installés sur les terrains hospitaliers et présente des cartes de mines terrestres autour de l'hôpital d'enseignement.
Toutefois, les médecins sur le terrain affirment que les hôpitaux n'étaient pas intégrés aux bases militaires et qu'ils n'y accédaient que pour récupérer du matériel médical. L'enquête de la BBC n'a trouvé aucune preuve indépendante étayant les accusations du Dr Nugud. De son côté, l'armée soudanaise, bien qu'accusée par l'OMS d'avoir bombardé l'hôpital d'al-Daein en mars 2026, nie toute responsabilité dans les frappes de drones.
Ces actes constituent-ils des crimes de guerre ?
Le chef des droits de l'homme de l'ONU, Volker Türk, a qualifié ces découvertes de « profondément troublantes ». Selon le droit international humanitaire, il est strictement interdit de cibler délibérément les installations médicales ou le personnel de santé en période de conflit. Les attaques systématiques documentées pourraient être qualifiées de crimes de guerre.
L'aspect ethnique du conflit ajoute une dimension supplémentaire aux accusations. Des enquêteurs de l'ONU ont rapporté que les combats à el-Fasher présentaient des « caractéristiques de génocide », les milices arabes constituant le noyau de la RSF ciblant spécifiquement les groupes non arabes qui peuplent la ville. Le ciblage des hôpitaux semble ainsi s'inscrire dans une volonté de frapper des communautés spécifiques.
FAQ: Attaques contre les hôpitaux au Soudan
Les hôpitaux sont-ils protégés par le droit international ?
Oui, le droit international humanitaire interdit formellement de cibler les installations médicales et le personnel de santé. Une protection peut être perdue uniquement si l'établissement est utilisé pour commettre des actes nuisibles à l'ennemi, mais même dans ce cas, des avertissements doivent être donnés avant toute attaque.
Quel est le bilan des victimes médicales à el-Fasher ?
Entre avril 2023 et octobre 2025, l'enquête rapporte 55 professionnels de santé tués, 120 blessés et 10 personnes enlevées ou disparues. Ces chiffres témoignent de la dangerosité extrême pour les soignants opérant dans la zone de conflit au Darfour.
La RSF reconnaît-elle avoir ciblé les hôpitaux ?
Non, la RSF rejette les conclusions de l'enquête de la BBC. Le ministre de la Santé lié au groupe soutient que les hôpitaux servaient de bases militaires à l'armée soudanaise, justifiant ainsi les opérations, bien qu'aucune preuve indépendante ne confirme ces allégations.
Quels types d'armes ont été utilisés contre les soins ?
Les infrastructures médicales ont été frappées par des tirs d'artillerie, des bombardements de mortiers et des drones utilisant des roquettes de précision. Cette combinaison d'armes a permis de frapper de manière répétée et précise des sites même après leur déplacement.
Pourquoi l'OMS s'est-elle prononcée sur la situation ?
L'Organisation mondiale de la santé a condamné les attaques contre les structures de santé, comme l'hôpital d'al-Daein, et a souligné que les événements d'el-Fasher représentent l'un des exemples les plus graves de l'impact du conflit sur les soins de santé au Soudan.
Key takeaways
- Au moins 43 attaques distinctes contre des sites médicaux ont été recensées à el-Fasher entre 2024 et 2025.
- Le bilan médical fait état de 55 soignants tués et 120 blessés durant le conflit.
- La RSF est accusée de cibler les hôpitaux pour rendre la ville inhabitable pour les civils.
- Les attaques incluent l'usage de drones de précision et de bombardements d'artillerie systématiques.
Conclusion
L'enquête sur la situation à el-Fasher met en lumière une dégradation systématique et violente de l'accès aux soins au Soudan. Le ciblage des infrastructures médicales, qu'il soit motivé par une stratégie de dépeuplement ou par des tensions ethniques, constitue une violation majeure du droit international. Alors que les preuves s'accumulent sur la nature délibérée de ces attaques, la communauté internationale fait face au défi de tenir les responsables de ces actes, qui pourraient être qualifiés de crimes de guerre, pour leurs actions contre les populations les plus vulnérables.
